Et si le tiers de confiance était un algorithme ? PDF Imprimer Envoyer
Vendredi, 10 Février 2017 17:00

Si vous êtes un adepte des lectures traitant des nouvelles technologies, alors il est fort probable que la « blockchain » ne vous soit pas inconnue. Système de gestion de transactions sécurisé et inviolable reposant sur une architecture décentralisée, elle peut se substituer aux tiers de confiances jugés coûteux et potentiellement moins fiables. Parmi ces tiers de confiance visés se trouvent, entre autre les banques, les assureurs, les notaires et... les avocats.

 

 

Au commencement, il y avait le « bitcoin »...

Avant d’aborder le sujet de la blockchain il est important de comprendre son origine. Vous en avez déjà entendu parler, le concept de bitcoin a été créé en 2008 et a donné naissance à une nouvelle forme de monnaie en 2009.

Le bitcoin est considéré par certains comme une devise et part d’autre comme un investissement, mais il s’agit bien d’une monnaie électronique tirant son nom de la contraction des mots anglais « bit » (unité d’information utilisée par les ordinateurs) et « coin » (monnaie). Cette monnaie digitale est différente des monnaies fiduciaires car elle permet de réaliser des paiements sur Internet en s’affranchissant des tiers de confiances. Les échanges étant basés sur les transactions de pair à pair, elle permet d’effectuer un achat en ligne sans que la transaction ne passe par votre banque (ou une autorité tierce).

Le bitcoin s’appuie sur une infrastructure décentralisée et transparente. Toutes les transactions sont publiques, traçables et conservées dans un livre des comptes accessible et consultable par tous de façon permanente. Une personne souhaitant utiliser des bitcoins doit se créer une adresse et il est possible à tout un chacun de consulter le solde et les transactions de cette adresse.
Exemple de site permettant d’en consulter le solde et de suivre des transactions : blockchain.info.

Plus que le bitcoin en lui-même, c’est son infrastructure qui nous intéresse, la blockchain.
 

... ensuite s'émancipa la « blockchain »

Le bitcoin est sans nul doute l’application la plus connue à ce jour de la blockchain, mais ce n'est pas la seule. La blockchain est une base de données sécurisée et partagée historisant tous les échanges effectués par son biais.

Lorsqu’une personne effectue une transaction, celle-ci est enregistrée dans un bloc, ce bloc est ensuite validé par le réseau de la blockchain constitué d'ordinateurs (appartenant à des utilisateurs comme vous et moi) qui mettent à disposition leur puissance de calculs pour contrôler puis valider - ou refuser - la transaction.

Une fois validé, ce bloc de transaction se rajoute à la blockchain (chaine de blocs) publique, il est accessible à tous, et enfin, la personne destinataire de la transaction la reçoit.

Pour illustrer ce principe, ci-dessous une vidéo de Rue 89 :

Le fonctionnement (exécution décentralisée) et la fiabilité de la blockchain ont permis le développement de nouveaux usages qui vont au delà du simple enregistrement de valeurs et d'échanges de bitcoins.
 

Naissance des « smarts contracts »

La blockchain permet d’automatiser des processus fiables permettant la mise en place d’accord contractuel qui s’exécute lorsque ses conditions sont remplies, et ceci, sans l’intervention d’un tiers de confiance. Le smart contractcontacts intelligents » ou plutôt « contract auto exécutant ») permet en au delà de la rédaction d'un contrat d’en programmer son exécution. Ces programmes s'éxecutent sur la base de conditions pré-définies.

Exemple
Le critère d’exécution d’un contrat visant à verser une somme est basé sur une condition de date.
« Si la date du jour est égal au 14 février 2017 alors procéder au virement de la somme X ».
Le virement de cette somme pouvant être défini par d’autres conditions.

Chaque partie peut vérifier la bonne exécution du contrat. De plus, le contrat sécurisé car basé sur la blockchain, son altération ou modification est quasiment impossible et son existence immuable.

Une fois les conditions remplies, l'exécution du smart contract ne pourrait, en principe, jamais être bloqué, aucune des parties ne pouvant y faire obstacle.
 

Autres utilisations possibles

Des faits et des preuves

La blockchain apparait comme une énorme source de preuves fiable et horodatées. Un avocat pourrait être tenté d’utiliser ces éléments dans une affaire afin de confirmer qu’une transaction a bien eu lieu.

Mais pour cela l’avocat aura besoin d’expliquer à un juge ou un jury le fonctionnement de la blockchain ainsi que les éléments justifiant de la fiabilité de la preuve. Ce n'est sans doute pas chose aisée à ce jour, mais la blockchain s’invitera tôt ou tard à la place du témoin dans nos tribunaux.
 

La gestion des cadastres

Dans certains États, la corruption touche les plus hautes sphères, et l’appropriation du terrain d’autrui peut s’avérer être un véritable cauchemar à gérer, car dans certains pays, même un acte officiel de propriété peut se révéler être un faux.
Le Gouvernement du Honduras, a décidé en 2015 de lancer un projet de cadastre numérique basé sur la blockchain afin d’assurer la fiabilité et tracabilité de son registre. De même, pour la Georgie et le Ghana qui trouve un interêt similaire à son utilisation. La confiance en la blockchain dépasse désormais dans certains pays celles des élus.


 

Si vous apprenez tout juste l’existence du bitcoin, sachez qu’il existe désormais d’autres monnaies électroniques (semblables dans le fonctionnement mais disposant chacune de ses spécificités) comme le litecoin, le darkcoin, le namecoin, le dogecoin, etc.

La technologie avance et disrupte sur son passage. La veille technologique devient aussi importante que la veille juridique. La blockchain permet de créer de nouveaux services et de transformer les métiers. Avec ou sans l’avocat, les blocs continueront de s’assembler. Accompagner le changement, ou à minima, s’y intéresser n’est donc plus une option.
 

Farid KAKAS
Responsable Informatique
Correspondant Informatique et Libertés

ANAAFA

 


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